Mot du directeur artistique

– Geoffrey Gaquère

Photo: Jérémie Battaglia

En nous isolant les uns des autres, la pandémie rappelle que nos destinées individuelles sont liées à l’humanité toute entière. Le combat pour la dignité n’a pas été mis sur pause et des luttes ont gagné en visibilité. Si le virus ne fait aucune distinction de race, de genre, de statut, nous n’y avons pas tou.te.s été confronté.e.s de la même manière et il révèle davantage les séparations qui existent entre nous. Ces frontières, les artistes travaillent à les estomper : théâtre en extérieur, comédie, drame historique, documentaire, cinéma d’art, performance, cirque et cabaret font écho au titre qui résume cette programmation : rendre visible, rendre audible !

Avec Plácido-Mo, notre nouveau Spectacle de quartier, Magda Puig Torres et Ricard Soler Mallol abolissent, au moins le temps d’une déambulation dans les rues du Centre-Sud, cette frontière qui nous sépare des gens qui vivent l’itinérance. Des barrières qui tiennent à distance des personnes à l’intérieur de communautés elles-mêmes marginalisées, c’est le sujet qu’abordent Mélodie Noël-Rousseau et Geneviève Labelle avec Rock-Bière, un spectacle de drag king sur la place des femmes dans la communauté LGBTQ+. De leurs réalités d’afrodescendant.e.s, Tatiana Zinga Botao, Philippe Racine et Lyndz Dantiste se demandent Qui veut la peau d’Antigone ? et nous confrontent à l’éternel dilemme qui oppose affirmation de soi et acceptation de l’autre. Si Gabrielle Lessard choisit l’humour féroce pour exposer avec La Blessure les clivages sociaux et générationnels qui surgissent quand on parle d’écologie ; Alexis Martin et Daniel Brière résistent par Une Conjuration au matérialisme de notre époque et réfléchissent au sens de la vie dans un dialogue avec Les Morts. Les limites s’estompent dans Bermudes (dérive), quand Anne-Marie Guilmaine et Claudine Robillard naviguent sur le Saint-Laurent à la rencontre d’exis- tences rythmées par les eaux du fleuve; ou au moment des Érotisseries, quand Carmagnole célèbre la pulsion de vie en faisant tomber la dernière frontière, celle des tabous de nos corps, dans le plaisir et l’extase!

Et pour rompre la distance et aller à la rencontre de nouveaux auditoires, Espace Libre lance une saison numérique où Pascale Drevillon adapté à l’écran, GENDERF*CKER, son exploration des identités trans et queer. Quant à nos actions de démocratisation de la culture comme le Comité spectateur.rice.s et les ateliers d’initiation au théâtre, elles sont de retour pour une sixième année.

Enfin, cette saison synonyme d’ouverture est aussi celle du renouveau! Après deux ans de travaux, Espace Libre revitalise son image et affirme son emblème : les trois arches qui ornent sa façade ! Ces arches qui soutiennent un projet artistique ambitieux, qui permettent la jonction entre des imaginaires débridés, et à l’intérieur desquelles se rassemble une communauté de citoyen.ne.s depuis plus de 40 ans, vous les retrouverez dans un film d’art qui célèbre l’architecture étonnante de ce théâtre et vous le fait découvrir comme jamais vous ne l’avez vu !

Espace Libre est le fruit d’une société qui a conquis la possibilité de produire de l’intelligence, de l’émotion, de la beauté et du langage. Continuons ensemble à libérer ce pouvoir qui nous rapproche et nous rend collectivement plus conscient.e.s, plus émancipé.e.s et plus fort.e.s.

Au plaisir de vous retrouver !
Geoffrey Gaquère, Directeur artistique et codirecteur général

 

Programmation