DU 10 AU 22 MAI 2027
Le joyeux logis

Performance multidisciplinaire mêlant archives familiales, intelligence artificielle et mythe du Golem, Le syndrome du gisant explore l'identité juive-arabe contemporaine. À partir des archives sonores de son grand-père, Pauline Ben Guigui tente d'entrer en dialogue avec lui. Elle interroge la transmission de la peur, les non-dits et les récits hérités de génération en génération tout en imaginant ce qu'il aurait pensé du monde d'aujourd'hui et de la situation actuelle au Moyen-Orient. Entre documentaire, conte et performance, Le syndrome du gisant pose une question troublante : lorsque l'on tente de réveiller les fantômes du passé, qui finit réellement par prendre la parole ?

Le spectacle

Le syndrome du gisant est un spectacle qui s’interroge sur les héritages familiaux, les silences et les récits. qui continuent de nous habiter longtemps après la disparition de ceux qui les ont vécus.

Le point de départ est d’abord personnel. Théorisé par Salomon Sellam, le syndrome du gisant désigne « l’enfant qui porte, consciemment ou non, la vie d’un disparu ». En portant le prénom de son grand-père Paul, Pauline Ben Guigui a souvent eu l’impression d’hériter de cette place particulière : celle de raconter ce qui n’a jamais été dit, de poursuivre une histoire interrompue.

À travers des archives familiales, des témoignages et des rencontres avec les femmes de sa famille, elle remonte le fil de ses origines juives-arabes. Elle découvre une histoire traversée par l’exil, l’antisémitisme, les superstitions, mais aussi par de nombreux non-dits. En rencontrant ses grand-tantes, contraintes de quitter l’Algérie dans les années 1960, elle se heurte à des mémoires parfois contradictoires et à un rapport complexe à l’identité juive-arabe, une expression qu’elles refusent elles-mêmes de reconnaître.

Au cœur de cette recherche apparaît la figure du Golem. Selon la légende, le rabbin de Prague aurait façonné une créature d’argile afin de protéger sa communauté des persécutions. Mais la créature aurait fini par lui échapper et aurait été plongée dans un sommeil profond. Elle dormirait encore aujourd’hui dans le grenier de la synagogue, prête à être réveillée.

Sur scène, ces deux récits se déploient côte à côte. D’un côté, Pauline Ben Guigui manipule les archives sonores de son grand-père et tente de retracer l’histoire des Juifs arabes d’Algérie. De l’autre, un Golem d’argile habite l’espace. Il est là depuis le début, silencieux, immobile ou presque, comme un souvenir enfoui qui attend son heure.

Au fil du spectacle, Pauline Ben Guigui cherche à entrer en dialogue avec son grand-père grâce à une technologie de clonage vocal par intelligence artificielle. Elle lui pose les questions qu’elle n’a jamais eu l’occasion de lui poser. Elle tente de comprendre son histoire, ses peurs, ses contradictions. Elle cherche aussi à imaginer ce qu’il aurait pensé du monde d’aujourd’hui et de la situation actuelle au Moyen-Orient.

Peu à peu, pourtant, quelque chose dérape. La voix synthétique cesse d’être un simple outil de mémoire. Elle se transforme, se nourrit de récits contradictoires, d’archives, de discours médiatiques et de biais algorithmiques. Ce qui émerge n’est plus vraiment son grand-père, mais une autre entité. Un golem vocal. Une créature fabriquée à partir de fragments du passé qui finit par développer sa propre logique.

À mesure que cette présence prend de l’ampleur, le spectacle quitte le terrain de l’enquête familiale pour s’aventurer vers quelque chose de plus vaste. Les traumatismes intimes rencontrent les traumatismes collectifs. Les récits hérités se mêlent aux récits nationaux, aux propagandes et aux mécanismes de peur qui se transmettent d’une génération à l’autre. La violence, d’abord souterraine, finit par envahir l’espace.

Entre documentaire, conte et fiction, Le syndrome du gisant explore ce que nous faisons des histoires que nous recevons en héritage. Il s’intéresse à ce qui se transmet malgré nous, à la manière dont les blessures traversent les générations, mais aussi à notre besoin de faire parler les absents. Et il pose une question simple : lorsqu’on réveille les fantômes du passé, qui finit réellement par prendre la parole ?

Infos pratiques

Durée –  1 h (approximativement)

Dates à retenir
Discussion d’après-spectacle – mercredi 12 mai
Service de garde gratuit – samedi 22 mai
Représentation accessible – à venir

Crédits

Mise en scène et interprétation : Pauline Ben Guigui
Production et interprétation : Amélie Clément et Pauline Ben Guigui
Scénographie, costumes et conseil dramaturgique : Pénélope Dulude-De Broin
Conception lumières : Emilie Hamel
Conception sonore : Samuel Guay
Assistance mise en scène et régie plateau : Julie Boissonneault

Partenaires : La fondation Cole, LA SERRE – Arts vivants, Autresformes, le Théâtre de Quat’Sous, David Paquet et la fondation du Conservatoire d’art dramatique de Montréal

 

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