Sounjata

  • Saison 2017-2018

Sounjata

Le Nouveau Théâtre Expérimental

De passage à Bamako, un couple d’agronomes experts canadiens subit d’étonnantes transformations au contact de la fabuleuse épopée de Soundiata Keïta, fondateur de l’empire du Mali qui, six siècles avant les États-Unis, prôna l’égalité et la liberté pour tous : « Une vie n’est pas plus ancienne ni plus respectable qu’une autre vie, de même qu’une autre vie n’est pas supérieure à une autre vie ». S’appuyant sur une forme théâtrale hybride et décomplexée où les arts maliens du conte et de la marionnette font écho au jeu enlevant des interprètes québécois et africains, la pièce Sounjata donne à penser que la réactivation d’un mythe permet d’aller à la rencontre de soi, par-delà les frontières culturelles.

L’épopée de Soundiata, est un poème épique que l’on peut associer, par sa largeur et sa subtilité, aux récits homériques. C’est à la fois une chronique de la vie d’un fondateur d’empire et un abrégé des valeurs morales et civiques qui vont sous-tendre toute la civilisation malienne jusqu’à nos jours. Dans un contexte contemporain, la mise en scène souhaite intégrer l’art de la Marionnette à la Parole, deux formes d’expression typiquement maliennes. Le marionnettiste Yaya Coulibaly est l’un des héritiers les plus étincelants de cette tradition pluriséculaire malienne. La Parole, celle du griot, est incarnée par le comédien émérite Habib Dembélé, qui a entre autres travaillé avec Peter Brook.

Des artistes québécois, marocains et maliens ont collaboré pour créer cet objet théâtral qui met en jeu des questions brûlantes dans les relations actuelles Nord-Sud, tout en soulevant des problématiques particulières aux anciens colonisés que sont les Maliens, les Marocains… et les Québécois!

27sept. > 8oct.

Crédits

  • Production
    Nouveau Théâtre Expérimental, en coproduction avec la compagnie Sogolon et Awaln’art
  • Texte et mise en scène
    Alexis Martin
  • Conception des marionnettes 
    Yaya Coulibaly
  • INTERPRÉTATION 
    Yaya Coulibaly, Habib Dembélé, Philippe Koné, Steve Laplante, Karine St-Arnaud.
    Conception
    Zakariae Heddouchi (conception sonore et musicien), Virginie Chevalier (scénographie et costumes), Étienne Boucher (éclairages), Renaud Pettigrew (directeur technique, directeur de production et régisseur).

Mots clés

  • Compagnie résidente

Journal de création

Le journal de création est un espace en mutation. Au fil des semaines, il sera nourri par les artistes qui y documenteront leur démarche. Vous aurez un accès privilégié à leurs inspirations, ce qui vous laissera assurément un petit goût de revenez-y!

La compagnie

Le Nouveau Théâtre Expérimental

Le mandat du Nouveau Théâtre Expérimental est non seulement de faire un théâtre de recherche et de création, mais de réaliser cette démarche d’une façon inusitée, en cherchant continuellement à remettre en cause les conventions et les habitudes ancrées pour retrouver une naïveté et une candeur. Cette cécité volontaire, cette indétermination désirée fait du NTE un espace de liberté unique à Montréal, et qui n’a pas son pareil.

Genèse du projet "Sounjata"

Ce projet de théâtre est né de la rencontre entre un Marocain, un Québécois et un Malien, lors du festival de théâtre de rue Awaln’art à Marrakech en 2011. Le directeur de ce festival, Khalid Tamer, a eu la bonne idée de présenter le metteur en scène et dramaturge québécois, Alexis Martin, au marionnettiste malien, Yaya Coulibaly. De cette rencontre, naquit l’envie de créer un spectacle en commun. L’idée maîtresse : donner un point de vue québécois sur une période de l’histoire africaine, et plus spécifiquement, celle du Mali : comment un Nord-américain peut-il interpréter une histoire à laquelle il n’a pas pris part, à laquelle il n’est pas lié, autrement que par son humanité? Pour le Québécois, l’Afrique est une altérité réelle, fondamentale : il n’y a pas plus étrange que ces gens qui parlent le français, mais sont radicalement différents dans leur façon d’habiter le monde… de le chanter, de l’animer. Les liens qui existent sont tous modernes, récents, à peine pensés.

Alexis Martin, « débarque » au Mali et s’inspire de l’histoire du pays pour donner sa version des événements ; le marionnettiste Coulibaly reprend le récit au vol et lui donne chair avec ses accents à lui, module le chant premier, et la toile dramatique qui naît est unique : un Québécois qui, en conjonction avec son interlocuteur africain, interprète une partie de l’histoire infra ou postcoloniale africaine. Voilà la prémisse essentielle du projet. Deux comédiens québécois, trois maliens et un musicien marocain forment l’équipe de spectacle, sous la houlette d’Alexis Martin. Ces artistes sont tour à tour manipulateurs des marionnettes, conteurs et musiciens, une polyvalence assez répandue au Québec, comme au Maroc et au Mali d’ailleurs! Ce qui importe, au fond, c’est de mêler les expériences et surtout, les regards : entre colonisés ; entre Américains et Africains ; entre blancs et noirs ; entre dramaturge et marionnettiste. Il s’agit d’aller à la rencontre de la tradition de storytelling malienne et de créer un conte en commun, québécois et malien, pour le présenter à Marrakech et à Montréal. L’Afrique est un territoire sous-représenté dans nos imaginaires, si peu d’échanges théâtraux ont été engagés. Pourtant, et plus que jamais, l’Afrique nous semble le véritable vecteur d’échanges marqués au sceau de l’altérité.

Le NTE se consacre à l’expérimentation, sous toutes ses formes : quelle soit formelle, culturelle ou sémantique. Le fait d’aller vers des territoires culturellement exogènes, voilà qui nous remplit d’aise, qui conforte notre désir de marcher ailleurs, hors-piste. L’Afrique noire est certainement l’un des derniers lieux de dépaysement, de mise en question des repères identitaires usuels. La rencontre avec le matériau culturel et culturel africain donne au NTE une autre posture soudainement : nous ne sommes pas à tenter de brouiller les codes habituels du théâtre occidental ; mais bien plutôt de les comprendre à travers le filtre totalement hétérogène d’une vision africaine, si différente, de la vie et du destin terrestre. C’est une forme d’auto examen des codes de la représentation que provoquent la rencontre du répertoire, des habitus et du substrat folklorique malien! Nul doute que le NTE en ressortira grandi, agrandi et métissé!

Depuis 2005, soulignons l’ouverture marquée du NTE vers les communautés culturelles de Montréal. Le NTE provoque la rencontre avec l’autre et tisse des liens actifs, affectifs et transculturels en créant des spectacles qui mettent en scène des personnages issus de diverses communautés culturelles. Ainsi, La nouvelle télé communautaire de Montréal invitait des Bulgares, des Vietnamiens, des Haïtiens, alors que la culture indienne était à l’honneur avec La marche de Rama, le Salon international du théâtre contemporain et Rêvez, Montagnes!

Aujourd’hui, la compagnie tourne un regard curieux et avide vers l’Afrique : quel territoire neuf, riche et fertile pour les créateurs à l’imaginaire débridé que sont les artisans du NTE