Mot de la direction artistique

MOT DU DIRECTEUR ARTISTIQUE

« To play it by ear » peut se traduire par « jouer à l’oreille ». Comme le font les musiciens de jazz qui captent l’énergie du moment, filtrent ces échos du monde et jouent en gardant le souci de s’accorder à l’ensemble. C’est ainsi que s’est bâtie la programmation 2017-2018 d’Espace Libre : à l’oreille, en étant à l’écoute de notre époque et des questions qu’elle provoque chez les artistes.

Cette saison, les créatrices et créateurs investissent Espace Libre pour explorer les défis éthiques soulevés par les progrès scientifiques; sonder les transformations opérées par le numérique sur la pensée humaine ; aller à la rencontre de ceux que la majorité associe à la marge ; entrer dans les réserves autochtones ; aborder les réalités des exilés, des personnes vivant des situations de handicap ; s’interroger sur les normes sexuelles et culturelles de notre société, et raconter, dans le cadre des célébrations du 375e anniversaire de la ville de Montréal, une page de l’histoire du Québec au moment de son ouverture sur le monde.

Ce Québec, justement, quel rôle voulons-nous le voir jouer aujourd’hui dans un monde en mutation ? Quand le repli sur soi devient une réponse et que la peur de l’autre mène au meurtre, chez nous, que faire pour que tout ce que nous avons appris dans nos livres d’histoire ne se reproduise pas encore une fois ? Comment faire du Québec une société inspirante pour le reste du monde ? … À l’échelle d’Espace Libre, nous commençons par affirmer que l’art n’a rien à voir avec l’économie. Que son rôle est de nous rappeler inlassablement que nous sommes des êtres humains. Nous invitons à la rencontre de l’humain : approchons-nous, observons-le, questionnons-le, rions-en, consolons-le. Le théâtre sert à regarder collectivement ce que nous sommes : des âmes qui cherchent à donner un sens à ce maintenant que nous traversons ensemble. Osons être une société qui fait le pari de faire de ses citoyens des êtres de culture. Nous serons plus riches : d’humanisme, de compassion, de beauté et d’espoir.

L’espoir est partout, à commencer par le quartier de Montréal qu’Espace Libre habite et qui est porteur de lutte, de solidarité et de changement. C’est pour rendre hommage au Centre-Sud que notre programme arpente cette année les rues voisines du théâtre. Des quatre coins de notre arrondissement jusqu’aux spectacles proposés, on trouve ici – comme le dit Robert Lalonde à propos de l’acte d’écrire –quelque chose qui ressemble à ce qu’on cherchait, qui est à la fois plus et moins que ce qu’on voulait, mais qui peut drôlement faire l’affaire, si ça s’installe bien et nous permet d’avancer.

Aussi avançons, explorons de nouvelles facettes de notre humanité. Les artistes de la saison nous convient à regarder, comme le cosmonaute en page couverture, la vie sous d’autres angles, à explorer de nouveaux espaces libres.

Pour nous trouver, ce n’est pas compliqué ! Nous occupons une caserne de pompiers à la sortie du métro Frontenac, à quelques rues du Pont Jacques-Cartier, du Village, d’une église, d’une mosquée et d’un temple bouddhiste. Nous sommes ouverts sur nos voisins, sur la ville et sur le monde, et tous y sont les bienvenus !

Alors, quand vous passerez devant Espace Libre, faites comme le printemps : entrez sans frapper !

GEOFFREY GAQUÈRE\ Directeur artistique et codirecteur général

* Le Monde sur le flanc de la truite : notes sur l’art de voir, de lire et d’écrire, Boréal, 1997.

Merci aux artistes, à l’équipe du théâtre, à nos voisins avec qui nous faisons chaque jour un peu plus connaissance et à vous, cher public, qui passez nous voir de plus en plus nombreux chaque année.

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