Mot du directeur

| PHILIPPE DUCROS  

Que suis-je devenu?

saison 2012-2013

Individualisme, démence, transmission, travestissement, intolérance, conditionnement… Tant de thèmes abordés, tant de miroirs intimes d’une société en perte de repères, en perte d’acquis sociaux. Quelles sont les conséquences en nous de ce bombardement quotidien, de ce climat de lutte interne autour duquel tournait la saison 2010-11, saison de la résistance? En quoi cette modernité envahissante nous bouleverse-t-elle? Que fait-elle de nous? Voilà ce à quoi réfléchiront les œuvres présentées en 2012-2013. Le monde change. L’indignation occupe nos rues, nos journaux, les scandales pleuvent, la perte de confiance envers les dirigeants politiques et économiques gronde. Et ce, chez nous comme ailleurs, en coulisse comme sur la place publique. Les projets de société sont bancals, malmenés. Ne semble rester que la cellule individuelle, le moi, qui prend une place démesurée dans nos rapports humains, dans notre vision du monde, mais qui se sent abandonné de la sphère politique. Développement personnel, individualisme, perte de solidarité, de repères amoureux et générationnels, perte d’idéaux… De quoi est-il formé, ce territoire intime? Est-il fini? Est-il viable? Que suis-je devenu? Un bulletin de vote? Un consommateur? Une bête de somme, un cheval de course, un oiseau de malheur? Qui est ce moi qui crie en moi, qui hurle dans les rues?

Les artistes de cette saison se questionnent quant à la définition de ce paysage intérieur. Ils abordent ses limites, ses provenances et ses étendues, des fois de façon abstraite, d’autres fois par des approches plus frontales, ou encore sous le regard du documentaire, de l’Histoire ou du jeu. Ils nous invitent à descendre en nous et à découvrir en nos racoins les chemins de la marge et de la norme, de l’humanité et de la barbarie. Sont présentés chaque fois des petits condensés de destins possibles, des petites bouteilles à la mer qui se côtoient, qui cherchent rivage. Côte à côte, ils sont à ouvrir et à découvrir, comme une série d’échantillons de ce qui forme un peuple, une société, cette entité éclatée qu’on veut nous résumer bêtement à coup de sondages contradictoires.

Chacune de ces œuvres est un concentré d’humanité mis en bouteille, un condensé de liberté à emporter chez soi, en soi, comme si le sceau pouvait en être brisé à tout moment, en cas d’urgence, pour encourager la contagion.

Philippe Ducros
Directeur artistique