Mot du directeur

MOT DU DIRECTEUR ARTISTIQUE

« L’IMPORTANT N’EST PAS CE QU’ON A FAIT DE NOUS, MAIS CE QUE NOUS FAISONS NOUS-MÊMES DE CE QU’ON A FAIT DE NOUS*. »

Ces mots de Jean-Paul Sartre nous rappellent que si l’on veut avancer individuellement ou collectivement, il faut sans cesse revisiter notre héritage, se l’approprier et le lire à l’aune des enjeux de notre temps. Les fondateur·trice·s de ce théâtre l'ont fait libre. C'est son nom, son ADN. À leur suite et pour célébrer les 40 ans de ce lieu unique, je vous invite à découvrir des œuvres lancées dans cet exercice de liberté, ce travail formidable et nécessaire de réinvention.

Comment les trajectoires intimes infléchissent-elles le cours de l’histoire et le monde ? Et sous le poids de ces forces qui nous imposent leurs marches, comment les individus se construisent-ils un chemin singulier ? Comment passent-ils de l’assujettissement à la réinvention de soi ? Les créateur·trice·s de cette nouvelle saison posent un regard franc sur les mécanismes dont nous avons hérité et qui conditionnent nos vies. Et ce qu’ils nous en disent est rempli de résilience, d’espoir pour poursuivre l’édification d’une société plus juste :

GABRIEL PLANTE et FÉLIX-ANTOINE BOUTIN, dans une comédie grinçante, s’interrogent sur l’étrange rapport qu’entretient le Québec avec son histoire et nous appellent à de nouvelles aspirations ;

RHODNIE DÉSIR, par une proposition originale de danse documentaire, invoque le souvenir des peuples déportés d’Afrique et clame haut et fort leur apport à l’édification du Nouveau Monde ;

PASCALE DREVILLON, dans une performance théâtrale, explore les identités trans et queer et nous demande s’il est possible de vivre dans un monde moins binaire ;

MATHIEU QUESNEL entreprend un trip théâtral sur les traces de la Beat Generation et du rêve hippie qui l'a suivie et revendique le droit à la liberté de créer dans une époque conformiste ;

EVALYN PARRY et TAWIAH BEN M’CARTHY du Buddies In Bad Times Theatre interrogent, dans un monologue engagé, les normes sexuelles de nos sociétés et nous éveillent aux réalités de l’intersectionnalité ;

DANIEL BRIÈRE et ALEXIS MARTIN se glissent dans la peau d'André Masson et Georges Bataille, pour un spectacle inspiré par des circonstances historiques, qui relate l'élaboration d'un puissant manifeste, alors que le fascisme étend son ombre sur le monde ;

KATHIA ROCK, MARCO COLLIN et PHILIPPE DUCROS utilisent l’expérience vidéographique pour contempler l’immensité du territoire et nous faire rencontrer les communautés autochtones qui le peuplent depuis des millénaires ;

CATHERINE BOURGEOIS de Joe Jack et John - nouvelle compagnie en résidence artistique – propose, dans un spectacle de réalité virtuelle, d’entrer dans l’imaginaire de femmes vivant en situation de handicap intellectuel et de regarder le monde à travers leurs yeux ;

Enfin, ESPACE LIBRE et le NTE fêtent leurs 40 ans d’existence en lançant la saison par un Spectacle de quartier qui invite artistes et voisin·e·s, à imaginer le théâtre qui se fera entre nos murs dans quatre décennies.

À cela, s’ajoutent les actions d’Espace Libre à destination des citoyen·ne·s de Centre-Sud : une cinquième édition du Comité spectateur·trice qui initie notre voisinage à la création théâtrale ; et de nouveaux ateliers d’interprétation gratuits.

Notez que cette saison débutera exceptionnellement au mois de janvier 2020, le temps pour Espace Libre d’achever ses travaux de maintien des actifs qui le rendront plus accueillant pour le public et les artistes.

Voilà, Espace Libre a 40 ans ! Ancré dans le présent, résolument tourné vers l’avenir, il n’oublie pas, pour autant, d’où il vient. Qu’il me soit permis, au nom de notre communauté théâtrale et des personnes qui ont franchi les portes de la caserne au fil de ces années, de saluer chaleureusement pour leur immense contribution à l’évolution de notre art : Jean Asselin, Denise Boulanger, Robert Claing, Danièle de Fontenay, Robert Gravel, Gilles Maheu, Anne-Marie Provencher et Jean-Pierre Ronfard, les fondateur·trice·s de cette belle maison ; et celles et ceux qui, depuis, ont porté leur héritage à la direction artistique et à la direction générale. Je pense notamment à notre collègue et ami Denys Caron, à l’occasion de son départ à la retraite après douze années dédiées à la direction administrative d’Espace Libre.

Longue vie à Espace Libre, un théâtre d’Art et de Ville dont les portes vous sont grandes ouvertes !

 

Geoffrey Gaquère
Directeur artistique et codirecteur général

 

*Saint Genet, comédien et martyr, Jean-Paul Sartre

 

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